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Mon métier, c'était l'imprimerie.
Ma passion, c'est la typographie.

Ce blog sera fait de commentaires sur mes visites sur certains blogs traitant de l'impression des timbres-poste.

samedi 9 mai 2015

DE LA GRAVURE AU TIMBRE (3)

Voici la suite 3 de cette série d'articles sur l'impression des timbres-poste tchèques écrits par M. Miroslav Vondřich  (Extrait de la Revue Philatélique Tchèque FILATELIE 7/2004) et traduits par M. Florián Štěpánek

Le cylindre hélio

Le cylindre hélio est essentiellement le même que celui de l'impression en taille-douce, mais sa surface est recouverte de 1 à 2 mm de cuivre. Cette couche doit être parfaitement lisse, parce qu'une autre couche de cuivre, mais seulement d’un dixième de millimètre d'épaisseur (en fonction du diamètre requis) y est appliquée. Cette couche doit être soigneusement rectifiée et polie. La gravure est effectuée uniquement sur cette couche.

Après un tirage, la couche de cuivre est retirée du cylindre et une nouvelle couche est appliquée par procédé galvanique, pour une autre gravure à l'eau forte. Les cylindres sont normalement utilisés pour la production jusqu'à ce qu'ils ne soient plus utilisables pour une raison quelconque. Pour la plupart, il s'agit de la corrosion de leur surface intérieure en acier, qui fait que ceux-ci ne sont plus placés précisément sur l'arbre axial, ou ils sont mécaniquement endommagés irrémédiablement. La durée moyenne de leur vie est différente, de 10 à 15 ans. 

Le traitement des cylindres hélio pour l'impression se fait de trois manières différentes dans le monde aujourd'hui :
1/ par la gravure classique à l'acide,
2/ par l´emploi de la trame hélio spéciale dans les unités d´insolation (flasheuse) où il est inutile d´insoler le papier charbon,
3/ par la gravure automatisée contrôlée directement par l´ordinateur (il ne s´agit pas exactement de gravure, mais de piqûres ou de brûlage au laser des points d'impression individuels).

Parce que les unités d'insolation (flasheuse) pour les ordinateurs ne connaissent pas les demi-tons (mais seulement le noir et le blanc), on ne pouvait pas les employer alors pour l'héliogravure. Après le milieu des années 60, ceci a été rendu possible par la trame hélio spéciale et par la trame stochastique. Aujourd'hui la PTC Prague utilise la gravure classique à l´acide, mais pas à travers le film en demi-teintes, mais précisément à travers le film insolé avec une trame stochastique.

Qu'est-ce qu'une trame stochastique? Si nous regardons une impression offset en couleurs, il est possible de voir, même sous une faible loupe  (même sans, avec une bonne vue) des points individuels de couleur de tailles différentes (en fonction de la densité de la tonalité) dans l'arrangement d´une sorte de "petits bouquets". L'œil humain ne perçoit pas les points de couleur individuels, mais le ton résultant de la couleur, qui est la somme du nombre et de la taille des points d'impression d'une ou plusieurs couleurs. 

Pour l´impression, on utilise dans la plupart des cas le repérage de quatre couleurs, à savoir cyan (Cyan), magenta (Magenta), jaune (Yellow en anglais) et noir (blacK en anglais); ce système est communément appelé CMYK. Selon la qualité du papier sur lequel on imprime, les points d'impression sont différents en taille et en densité – généralement dans les 40 à 100 points par centimètre. Les couleurs individuelles ont un dégradé différent, bien défini, des points d'impression.


La trame stochastique est beaucoup plus subtile. Chaque point (100 par cm) est en outre divisé en neuf petits points. Dans ces neuf points, une certaine combinaison de couleurs est créée par les quatre couleurs (de nouveau en fonction de la densité et du coloris de chaque point). Les points sont si fins que, après l'impression, il n´est plus possible de les percevoir (en considérant leur « imprégnation » minimale sur la surface du papier) même sous la loupe. On peut déjà utiliser une trame aussi fine pour l'impression hélio, car le résultat dépend essentiellement du film en demi-teinte. Pour l´héliogravure (à la différence de l´offset ou de la typographie), on n´imprime pas les points individuels de couleur séparément, mais l´un sur l'autre, la transparence des encres hélio le permet. Le nom lui-même "trame" tire son origine de l´emploi d'une plaque de verre avec la trame gravée, qui agit, selon l'intensité de la lumière, comme une surface de petites loupes séparées, capables de décomposer le film en demi-teintes en points individuels d'impression, avec des tailles différentes, en fonction de leur saturation.

La gravure à l´eau forte

Avant la gravure, le technicien doit préparer le papier charbon (« pigment paper » en anglais) et les bains nécessaires. Le papier charbon est un papier muni d´une  couche photosensible, qui après une insolation et un lavage, crée une sorte de relief qui, pendant la gravure à l´acide du cylindre, détermine la profondeur de chaque alvéole de la trame. Du rouleau de papier charbon, le technicien coupe au format le nombre de feuilles nécessaires et les laisse s’équilibrer à la température de fonctionnement. Avant le travail, il faut plupart des matériaux multicouches (film, papier adhésif et ainsi de suite) est sensible à la température et l'humidité de l´air. Les couches dans ce cas, sont différemment sensibles, provoquant la torsion et l'instabilité dimensionnelle.

Sur le papier charbon "équilibré", le technicien insole tout d´abord la trame hélio où sont des lignes à un angle de 45° dans les deux sens - une sorte de réseau de lignes, dont le but principal est de tenir la racle sur le cylindre d'impression. Puis il insole l´image du timbre en demi-teinte. Le papier charbon ainsi insolé est enroulé sur le cylindre hélio préparé, dans une machine spéciale. Il faut travailler très soigneusement, car le papier charbon est très délicat non seulement aux changements de la température et de l'humidité, mais aussi à la pression sur la machine de transfert. Avec la force variable de la pression latérale, il est possible de faire quelques corrections pendant l'enroulement du rouleau de papier charbon. Si tout va bien, le cylindre est placé dans une autre machine, où le support de la couche photosensible est arrosé et la partie des points individuels de la trame est lavée en fonction de son insolation. Après le séchage, et la vérification optique de la précision du transfert, le cylindre est gravé à l´acide dans une autre machine. Si pour une raison, il y a une imprécision du transfert, l’opération doit être répétée.

La gravure à l´acide du cylindre est contrôlée par une gamme sur le bord de la feuille d'impression. La gravure peut être effectuée dans un écart limité de contraste. Cependant, cette gamme, doit être commencée par l´insolation du papier charbon avec un contraste plus élevé (plus dur). Le processus est clairement visible sur l´impression, où les faibles tonalités (1 - ...) n´impriment pratiquement pas, tandis qu´à partir du champ 7 ou 8 la teinte est pleinement en vigueur. Une gravure plus dure est appliquée principalement pour les inscriptions imprimées par héliogravure. Malgré tous les procédés utilisés, du point de vue technologique et bien décrits, la gravure à l´acide des cylindres hélio est un peu de l'alchimie et exige avant tout une certaine expérience.

Le technicien inspecte le cylindre hélio gravé et fait les corrections nécessaires. Elles consistent principalement en piquage de certains points, le lissage ou le polissage d'autres parties afin que tout le cylindre possède les mêmes caractéristiques sur tous les timbres. Après ces ajustements, le cylindre est chromé et il est prêt à imprimer. Un nouveau cylindre hélio (comme un cylindre taille-douce) n'est gravé à l'eau forte que dans les cas où les qualités d'impression (l'étendue ou la profondeur de la gravure) ne correspondent pas à la maquette du timbre, des dommages mécaniques se produisent, et ainsi de suite. Habituellement, une correction est nécessaire à partir du traitement chromatique. En pratique, cela signifie de répéter tout le processus, généralement avec une nouvelle épreuve d'impression et le déchiquetage des feuilles déjà imprimées.

Pour commencer à travailler sur un timbre, l'imprimerie doit disposer de sa gravure, son épreuve, sa maquette et ce qui concerne l'ajustement spécifique de la feuille d'impression (feuillets, carnets ou vignettes) et même la répartition sur la feuille. La préparation de la production de timbres est exigeante non seulement pour la qualité du travail dans tous les ateliers de l'imprimerie, mais aussi pour le temps. Pour vous donner une idée, la préparation d´un seul timbre en cinq couleurs prend environ deux semaines, sans le traitement chromatique qui est habituellement fait à l’avance.

L´impression

Les cylindres préparés dans l'atelier de moletage et dans celui de la gravure sont transportés vers la salle des machines d'impression, où on a aussi apporté un perforateur spécifique (approprié pour perforer la feuille d'impression), la maquette du timbre avec l´indication des encres utilisées (selon le catalogue de couleurs Pantone) et d'autres informations techniques nécessaires pour la commande (tirage, les délais, et ainsi de suite).

Presse WIFAG

Les machines d'impression rotatives WIFAG sont des machines spéciales pour imprimer des timbres-poste et des produits similaires (timbres fiscaux, étiquettes). La WIFAG 2 comprend trois unités d'héliogravure et une unité d'impression taille-douce,  par conséquent, elle peut imprimer les timbres avec un maximum de quatre couleurs. La WIFAG 3 est équipée de quatre unités d'héliogravure et une unité d'impression taille-douce, par conséquent, elle peut imprimer cinq couleurs. On imprime sur du papier gommé fourni en bobines. Du dispositif de déroulement de la bobine, le papier passe tout d´abord par les sections d´impression hélio, puis par celle d'impression taille-douce; ensuite il est pourvu du numéro de la feuille et de la date de l'impression, il est perforé et découpé en feuilles individuelles.

Quand il reste une quantité minimale de papier sur la bobine, l'impression est arrêtée et la bande de papier est coupée. Ensuite, une nouvelle bobine est chargée et la nouvelle bande de papier est collée à la fin de la coupure. Le papier est passé lentement dans la machine et, après un nouveau repérage, l'impression peut continuer.

Les cylindres hélio sont partiellement immergés dans l´encre dont la viscosité est très faible; l´essuyage est effectué par une lame en acier (racle); il est possible, en fonction des besoins, de l´aiguiser diversement, de l´incliner et la presser avec une force plus ou moins grande sur le cylindre. Le cylindre de contre-pression (dit "presseur") agit contre la virole; ainsi, il est possible d'ajuster même la pression des cylindres entre lesquels passe le papier.

Un mauvais chromage (chrome rugueux) ne permet pas un essuyage parfait de la couleur et cette couleur apparaît alors avec une intensité diverse (habituellement très faible), même dans des endroits où elle ne doit pas se trouver. L'ajustement mutuel (dit repérage) des couleurs est effectué latéralement par un déplacement  du cylindre d'impression et longitudinalement par un allongement ou un raccourcissement de la longueur du papier entre les unités d'impression. Les couleurs individuelles sont disposées dans la machine, comme déjà décrit, principalement par la nécessité du repérage, mais également selon la couleur souhaitée. Par exemple, la superposition du jaune sur le bleu donne une teinte différente de celle créée par la superposition du bleu sur le jaune.

Contrairement à l'encre d'impression hélio, l'encre d'impression en taille-douce est épaisse. Elle est appliquée sur le cylindre d'acier par les rouleaux encreurs et essuyée grossièrement par du papier et complètement par du tissu d'essuyage. Pendant l'essuyage, l'encre est tout d'abord enfoncée dans les creux moletés de la gravure, puis elle est essuyée de la surface du cylindre. Le papier et le tissu avancent en sens contraire de la rotation du cylindre et ils se déplacent même latéralement, créant ainsi ce qui ressemble à une ligne sinueuse sur le cylindre. En cas de surface rugueuse du chrome, l'encre est mal essuyée et une partie de celle-ci peut être imprimée, en particulier sur les bords du papier.  Le cours de l'essuyage en forme de la lettre s a aussi pour résultat que des défauts de faible profondeur, transférés au cylindre par la molette, (peut-être même provenant de la gravure), sont selon la direction du mouvement du tissu d'essuyage à ce moment, essuyés parfaitement ou au contraire, l'encre y est enfoncée. Ces défauts de cliché ont approximativement la même forme et la même distribution sur le timbre, mais ils sont distribués différemment sur la feuille (même sur d'autres feuilles).

La pression est transmise par le cylindre de contre-pression à travers le feutre. L'importance du feutre est dans l'égalisation de la pression et  "l'enlèvement" de l'encre de la gravure. Le conducteur de la presse ajuste tout d'abord l'impression du cylindre en acier (le coloris, la saturation). Puis, en regardant le cours de la bande du papier imprimé, il ajuste le repérage des autres couleurs. Le repérage achevé, il règle la machine à la surveillance automatique de celle-ci. Cette opération doit généralement être répétée plusieurs fois par jour, toujours après l'arrêt de la machine; elle est nécessaire après le remplacement du papier d'impression, du papier ou du tissu d'essuyage ou après d'autres arrêts techniques (encre, perforateur, couteaux).

Chaque fois qu'on démarre la machine, l'impression en taille-douce sur du papier sort en blanc tout d'abord de la presse. Cela ne se produit qu'au moment où le papier imprimé en héliogravure a fini son chemin à partir des cylindres hélio et à travers le cylindre taille-douce. Puis les encres hélio individuelles sont ajoutées.  Progressivement celles-ci complètent l'image taille-douce. Quand une feuille avec une couleur non imprimée passe le contrôle par erreur, il s'agit souvent de la première couleur imprimée – surtout dans le cas où il y a "seulement" une petite extension de couleurs qui n’interfère pas avec l'image du timbre même. Malheureusement, il y a souvent la valeur nominale.

De l’élément taille-douce, le papier revient au début (du point de vue du conducteur en fin) de la machine. Le papier est conduit à la partie supérieure de la machine où la couleur est partiellement séchée. Les feuilles sont numérotées avant la fin du parcours; les numéros des feuilles sont continus et ils ne sont pas remis à 000001 pour chaque commande. Il s'agit des numéros qui sont utilisés pour contrôler le nombre des feuilles imprimées dans la machine (même le papier blanc est aussi numéroté). Chaque jour, on donne une nouvelle date. On peut déplacer les numéroteurs latéralement, même si leur emplacement est presque toujours le même, il ne s'agit pas d'une règle.





20 000 à 25 000 feuilles sont imprimées par l'équipe, selon les difficultés.

(A suivre)

La suite de cette série d'articles sur l'impression des timbres tchèques sera à suivre sur ce blog dans les prochains jours.


samedi 2 mai 2015

DE LA GRAVURE AU TIMBRE (2)

Voici la suite de cette série d'articles sur l'impression des timbres-poste tchèques écrits par M. Miroslav Vondřich  (Extrait de la Revue Philatélique Tchèque FILATELIE 5/2004) et traduits par M. Florián Štěpánek

La taille-douce en combinaison avec l'héliogravure

Tout d'abord, nous allons expliquer quelques concepts de base. L'impression de la taille-douce en acier (ou en cuivre) est celle en creux à partir d'une forme d'impression (plaques ou cylindres) en acier (ou cuivre). Il s'agit toujours d'une forme linéaire, c'est-à-dire l'image est gravée au burin ou à l'eau forte (ou moletée ou créée par galvanoplastie) - elle se compose de lignes individuelles ou de points. L'encre de ce type d'impression est épaisse et il faut la faire pénétrer dans les endroits en creux de la plaque d'impression (moule); mais, en plus, elle doit être parfaitement essuyée de la surface. Elle est ensuite transférée par une pression forte mais souple de la forme d'impression sur le papier.
Presse WIFAG
Par héliogravure, nous comprenons impression en creux (comme en taille-douce), mais la forme d'impression est produite photo-chimiquement. Il s’agit toujours d'une impression par des cylindres. L'image imprimée est divisée en alvéoles individuelles (trame hélio), dont la profondeur variable donne des quantités variables d'encre, et donc une saturation différente des couleurs. Pourquoi des "alvéoles" individuelles d'impression ? L'impression se fait avec de l'encre très liquide, dans laquelle le cylindre est partiellement immergé, l'excédent de l'encre est enlevé de la surface de celui-ci par une lame en acier (appelée "doctor blade" en anglais). Cette lame d'essuyage court sur la surface du cylindre qui est de la même hauteur partout, en effet, grâce aux murets (ou muretins) des alvéoles d'impression. Sans ces murets, toute l'encre serait pratiquement enlevée du cylindre par la lame souple. Les alvéoles individuelles sont disposées très densément (environ 100 par centimètre), et les murets sont très minces. L'encre hélio de faible viscosité s'imbibe et se diffuse dans le papier de sorte que la trame n'est presque pas visible (seulement dans les tons faibles, où la quantité de l'encre ne permet pas une grande pénétration, la trame est visible à la loupe).

Le cylindre taille-douce

Le cylindre taille-douce est un tube d'un diamètre de 185,6 mm, d’une longueur de 350 mm et d’une épaisseur de paroi d'environ 18,5 mm. Il est muni d'une encoche pour un positionnement précis sur l'arbre axial. Cela s’applique aussi aux cylindres hélio; tous les arbres utilisés ont le même positionnement, qu’il s'agisse des arbres de l'atelier de moletage, de celui du chromage et de celui de la gravure profonde à l’acide. (Si les cylindres hélio étaient différents de ceux pour l'impression en taille-douce, il serait impossible de les moleter pour l'héliogravure).


Moletage d'un cylindre

Le moletage des cylindres en acier se fait au moins deux fois pour chaque timbre. Après le premier moletage, le cylindre est poli, parce qu'il faut enlever toute la matière déplacée. Il faut se figurer que ce sont de fortes pressions et que le métal déplacé doit "s'échapper" par quelque part. Le deuxième moletage est une manœuvre très délicate. En effet, la molette n'est placée à l'endroit précis sur les timbres déjà moletés que par le sens du toucher. Et encore, la distance entre la molette et le cylindre est seulement d'environ 2 mm. S'il y n'a pas un endroit sur la gravure du timbre où la molette "s'agrippe bien", ce qu'on appelle "le moletage double" (re-entry en anglais) peut se produire. Le matériau du cylindre se déforme aussi par le moletage, de sorte que les deux feuilles imprimées ne sont pas les mêmes. Les différences sont mesurables et varient environ de 0,2 mm. Après le moletage, le cylindre est chromé. Celui-ci ainsi préparé, revient dans l'atelier de moletage, où il est inspecté. S'il est correct, il est transmis à l'atelier d'impression rotative. Si l'impression le nécessite, le cylindre est moleté de nouveau. Le moletage sur le chrome élargit et approfondit la gravure transférée, mais il peut aussi provoquer la fissuration du chrome. Ensuite, cela peut se manifester dans l'impression comme des lignes faibles qui évidemment ne font pas partie de la gravure. On les rencontre généralement (mais pas toujours) dans les mêmes emplacements sur les timbres, mais dans une mesure différente, dans des formes diverses et dans la saturation variée des couleurs. Un exemple typique se trouve sur le timbre de la République tchèque, numéro du catalogue Pofis 243.

Et combien de fois la molette est-elle réellement utilisée ? Avec les timbres au plus petit format d'image, ceux de 19 x 28 mm, elle est enfoncée 200 fois dans le cylindre et avec le moletage sur le chromage encore cent fois de plus. Et encore, elle doit être si bien faite qu'elle puisse encore être utilisée.



Après le montage de tous les cylindres d'impression sur la machine, une épreuve est faite, généralement en même temps que l'épreuve officielle avec la participation de l'auteur de la conception visuelle, du graveur et d'un représentant de la Poste tchèque. Après l'approbation ou après des observations éventuelles, des réparations sont habituellement effectuées sur le cylindre. Il s'agit principalement de lissage de fissures diverses. Ces actions ne peuvent être réalisées que là où la gravure le permet. Cela signifie en pratique que les retouches ne sont pas possibles à la proximité des gravures, en particulier dans les inscriptions. Néanmoins, les défauts sont éliminés dans la plupart des cas et l'impression peut commencer.

S'il y a des défauts sur le cylindre qui ne peuvent être supprimés de cette manière, mais s'ils sont réparables, les procédés suivants sont couramment utilisés : le cylindre est déchromé et renvoyé dans l'atelier de moletage où les défauts sont enlevés, ou si la gravure est généralement ou unilatéralement plus faible, le cylindre est moleté de nouveau. Par exemple, il est possible de dévier la molette de sorte qu'un côté de celle-ci soit pressé plus fortement que l'autre. Ainsi, le renforcement unilatéral du dessin de la gravure est réalisé. Après les réparations, le cylindre est chromé de nouveau et il est retourné à la presse par l'atelier de moletage.

La mauvaise qualité du chrome est une autre cause de la détérioration de la gravure. Lorsque le chrome est rugueux, il faut chromer le cylindre à nouveau. Un rechromage est fait, même lorsqu'une certaine quantité de feuilles d'impression est imprimée - généralement autour de 60.000 pièces. Alors le cylindre est déjà tellement usé qu'il y a un affaiblissement de l'impression; le chrome reste dans les tailles de la gravure, il disparaît de la surface du cylindre et ainsi la profondeur de la gravure est diminuée. Le papier d'essuyage, la toile d'essuyage et même le papier d'impression causent l'abrasion du chrome.

Chaque rechromage est accompagné par le risque de défauts. Pour la plupart, il s'agit des ouvertures des coupures rebouchées ou de l'émergence de nouveaux défauts causés par les impuretés dégagées de la surface de l'acier. Par conséquent, il est nécessaire d'inspecter le cylindre à nouveau et de vérifier soigneusement l'empreinte après chaque opération. Les défauts qui ne sont pas visibles à l'œil nu ou ceux qui ne perturbent pas l'image même du timbre en général ne sont pas détectés pendant l'impression.



Un nouveau cylindre en acier n'est moleté qu'en cas de défauts irrécupérables qui perturbent l'image du timbre, ou en cas d'endommagement du cylindre et ainsi de suite. Après la fabrication d’un nouveau cylindre en acier, il est très souvent nécessaire de déchiqueter les feuilles déjà imprimées et de faire une nouvelle épreuve en présence des personnes autorisées.

Traitement des encres hélio

La plupart des timbres imprimés en impression rotative est imprimé en couleurs multiples. On peut en avoir cinq au maximum (une pour l´impression taille-douce et quatre pour celles en héliogravure). Le traitement chromatique, improprement dit « lithographique », c´est-à-dire la sélection des couleurs créant la vision des couleurs après l´impression, est aussi important que le moletage. Si possible, les timbres sont imprimés avec des encres dites directes - ce qui signifie qu'on n´utilise pas la superposition des encres classiques de l´impression en quadrichromie : cyan, magenta, jaune et noir  (système CMJN – CMYK en anglais), mais on prend pour base les couleurs qui dominent sur le timbre.

Il n´est pas possible de superposer plusieurs couleurs, en particulier si les inscriptions sont imprimées en héliogravure. En effet, aucune rotative n´est capable d'un repérage d'une précision absolue. C'est causé par le long cheminement du papier, qui est diversement entraîné par la pression sur les unités d'impression; sa structure n´est pas la même partout dans la bobine et elle est souvent variable en épaisseur latéralement (la toile sur laquelle le papier est fabriqué à l'usine est d'environ 4 m de largeur, et il n´est pas techniquement possible de maintenir la même épaisseur dans son intégralité). Encore une autre raison importante qui exige l´emploi des couleurs directes. Alors que la meilleure impression hélio est obtenue sur un papier lisse et enduit (couché), l'impression en taille-douce exige un papier très souple, mais pas enduit.  Par conséquent, il est nécessaire que pour l'impression en taille-douce qui est la dernière impression, qu'il y ait le moins de couches d’encres possibles.

Aujourd'hui,  la sélection des couleurs traditionnelle à la main n'est plus utilisée, les timbres sont traités par ordinateur. Tout d'abord, on fait le scan du dessin détaillé,  puis on fait le scan de la maquette du timbre elle-même. La maquette doit s'adapter en dimension au dessin détaillé qui, en dépit d'être dessiné d'après la maquette, n'est pas de même dimension; pourquoi c'est ainsi, je l'ai déjà décrit dans la section précédente. Après l'unification des dimensions, le technicien doit "lire" le résultat et trouver les couleurs appropriées. Ces couleurs apparaîtront alors, comme les marques de repérage, au-dessous de la feuille.  

Le technicien doit traiter les couleurs de sorte qu'elles soient compatibles avec la maquette et les possibilités de la technique hélio. L'héliogravure, par exemple, ne peut pas imprimer de tons saturés en-dessous de 15% - chaque alvéole d'impression est déjà si peu profonde que l'encre ne s'y accroche pas, ou alors l'impression est inégale. Ceci est clairement visible dans le premier et le second champ de l'échelle au bord de la feuille d'impression. Parce qu'il n'est pas toujours possible d'assurer la bonne composition ou la tonalité des encres, il est souvent nécessaire de consulter le résultat de ce travail avec l'auteur de la maquette.

Avec cela, il ne faut jamais oublier que, sur le cylindre, il y a jusqu'à 200 timbres qui ne doivent pas être différents les uns des autres. Par conséquent, il est nécessaire de maintenir, dans l'atelier de moletage, celui du traitement chromatique, dit "lithographique", celui de la photographie de reproduction et celui de la gravure à l'eau forte des cylindres hélio, des conditions qui garantissent ce résultat.

La production des cylindres hélio

Après le traitement chromatique du timbre, le travail passe en suivant à l'atelier de la photographie de reproduction. Le montage des feuilles d'impression pour les cylindres hélio y est effectué.

Aujourd'hui, cette partie de la production est aussi exécutée sur les ordinateurs. Le timbre est généralement traité par photographie  dans la dimension du format original de la maquette, c'est-à-dire agrandi six fois. Tout d'abord, le photographe le réduit au format d'impression, puis il crée une feuille d'impression dans les dimensions normales avec les espacements entre les timbres (ou le champ du cylindre taille-douce), et après il l'insole sur un film (mais uniquement le dessin détaillé - c'est-à-dire pour la plupart, le noir ou une autre couleur qui est imprimée plus tard en taille-douce). Il serait inutile d'insoler les autres couleurs sur le film, parce que, jusqu'à la fin de cette phase de production, toutes les couleurs sont repérées ensemble. Cela garantit le repérage ultérieur et seul le dessin identique peut  être monté avec précision sur le cylindre d'acier.

Il s'agit principalement de la correspondance des dimensions du timbre moleté avec celles sur le film, puis de la largeur et de la longueur de chacune des feuilles (champs) d'impression sur le film (en réalité, de la modification des disproportions dimensionnelles du timbre et de celui traité en photographie selon le négatif du dessin détaillé et d'une distance entre les timbres dans les deux sens) et de l'orientation du timbre. En effet, dans l'atelier de moletage, les timbres peuvent être espacés sur la largeur du cylindre - dans le cas où leurs cadres ne sont pas gravés - seulement par des petites croix qui ne peuvent pas se trouver toujours dans le plan du timbre. Ces croix sont dessinées sur le dessin détaillé et celui-ci n'est pas toujours tout à fait exact (il a déjà été décrit pourquoi); pendant la gravure du timbre, il suffit de graver une seule ligne près du bord de l'image, et le résultat est presque toujours que les croix ne sont "pas en place". Bien qu'il s'agisse de centièmes de millimètre, au total, cela fait  des dixièmes. Les deux feuilles de timbres imprimées sont également différentes quant à leurs dimensions. L'opération de l'ajustement des timbres dans les feuilles d'impression est encore très exigeante sur l'exactitude et elle peut être répétée entièrement plusieurs fois jusqu'à ce que tout se trouve en place comme il convient.

 Le cylindre hélio préparé pour l'impression

Puis vient la phase suivante des préparatifs : le montage même pour les cylindres hélio. Toutes les couleurs d'impression en hélio, pour les deux feuilles de timbres (les futures planches d'impression 1 et 2) sont insolées sur un film. Les films pour les couleurs différentes sont collés, avec un espacement précis entre les timbres, sur des supports transparents, puis les marques de repérage sont collées et, au bord, les échelles  pour le contrôle de la gravure à l’acide. Il y a aussi d'autres marques (principalement sous la forme de lignes), qui spécifient au technicien de la gravure à l’acide la direction exacte des films, en longueur pour le montage et la répartition des feuilles d'impression sur le tour du cylindre. La marque de repérage y est collée  selon l'ordre des couleurs sur la machine. La séquence des couleurs est généralement déterminée par la difficulté de leur repérage avec l'impression taille-douce. La couleur avec les plus hautes exigences sur le repérage est imprimée juste avant l'impression taille-douce. Le repérage des couleurs sur la machine est en fait réalisé à partir de l’impression taille-douce, qui est la dernière sur le parcours du papier (ce sera décrit plus en détail dans le chapitre sur l'impression). Les "montages" ainsi prêts sont livrés à l'atelier de gravure à l’acide.
(A suivre)


Commentaires de Papy24 : Si les procédés de fabrication des cylindres clichés sont très ressemblants avec ceux de l'ITVF, il y a cependant des différences importantes :

Les cylindres ne comportent que deux feuilles de timbres au tour, en taille-douce et en hélio. Ces cylindres sont en acier et ne sont pas recouverts de cuivre. L'Imprimerie tchèque procède à un nouveau moletage après le chromage des cylindres.

La suite de cette série d'articles sur l'impression des timbres tchèques sera à suivre sur ce blog dans les prochains jours.


samedi 25 avril 2015

DE LA GRAVURE AU TIMBRE (1)


Voici une série d'articles sur l'impression des timbres-poste de Tchécoslovaquie par Miroslav Vondřich  (Extrait de la Revue Philatélique Tchèque FILATELIE 4/2004)
Traduction de Florián Štěpánek

Au sujet de M. Miroslav Vondřich nous savons qu'il est un typographe expérimenté, un membre d'une famille dont la tradition d'imprimeurs remonte à plusieurs générations. En tant que spécialiste il n'est pas seulement connu parmi ses collègues de l'industrie de l'impression, mais grâce à des années de travail dans l’impression des timbres-poste, il est aussi connu par un certain nombre de philatélistes, en particulier ceux qui se spécialisent dans les défauts d'impression de nos timbres. Récemment, il a pris sa retraite, et nous sommes heureux qu'il ait accepté de partager avec nous, dans une série d'articles, ses connaissances professionnelles en ce qui concerne la préparation de la production et la production elle-même des timbres et qu'il est prêt à nous faire connaître le milieu de l'Imprimerie et aussi de partager avec nous un peu de ses souvenirs.

L'impression des timbres-poste dans l'Imprimerie postale des valeurs  (Poštovní tiskárna cenin = PTC)

Tout d'abord, un peu d'histoire. En 2003, 50 années étaient passées presque inaperçues depuis le début de l'impression des timbres-poste dans la nouvellement créée « Imprimerie des Communications », qui a changé plusieurs fois de nom au cours de son existence. Celle-ci a été créée en fusionnant l’atelier d’impression, situé dans le sous-sol du bureau de poste Praha 002, rue Opletalova, et l’atelier de reproduction, situé à l’Hôtel des Postes, rue Jindřišská. La nouvelle imprimerie est devenue partie intégrante de la Centrale économique des Communications, à qui a été donné, en 1968, un immeuble à Prague - Holešovice; elle y est encore située à la même adresse aujourd'hui. 

 L'immeuble PTC  à Prague - Holešovice

Selon la décision des organes de l’Etat et du parti,  probablement en 1948, l'impression des timbres-poste a été transférée de l’Imprimerie Česká grafická unie  (1899 - 1948) alors rebaptisée Naše vojsko en 1949, plus tard Polygrafia en 1959. L'impression rotative était réalisée sur les deux machines Stickney, ou à partir de clichés plats sur la machine Johnston. Relativement peu de temps plus tard, ces machines obsolètes ont été remplacés par des machines neuves : la rotative deux-couleurs taille-douce/hélio WIFAG 1, et les presses taille-douce à plat Heim et Waite & Saville.

A la fin des années soixante, dans le cadre de la construction du nouveau bâtiment de l'imprimerie, la seconde WIFAG 2, quatre-couleurs, a été achetée. Plus tard, déjà dans le bâtiment neuf,  WIFAG 1 a été remplacée par la rotative cinq-couleurs WIFAG 3 (les numéros des machines WIFAG ne sont en fait que les numéros d’ordre de leur succession).

En plus des timbres, l’Imprimerie postale des valeurs (Postovni tiskarna cenin, PTC) a imprimé et imprime aussi des formulaires communs, dépliants, tickets, actions, etc. dans le département dit des autres impressions. Au cours des dernières années, la production a été sensiblement améliorée et élargie de façon qu’il soit devenu possible d’imprimer les timbres par la combinaison offset/taille-douce à plat. Sur les appareils à la disposition de la PTC, on peut naturellement aussi imprimer les timbres uniquement en offset.

I. L'impression rotative
 
Les deux machines WIFAG en service à l'heure actuelle comprennent une unité d'impression taille-douce et des unités d'héliogravure pour les autres couleurs. La même chose était vraie pour la WIFAG 1 qui est maintenant hors service. Lorsque la production a été lancée sur la
presse WIFAG 1, l'imprimerie n'avait pas l'équipement de gravure à l'eau forte pour les cylindres héliogravure et donc après plusieurs tentatives avortées pour les produire à l'imprimerie Naše vojsko, les cylindres d'héliogravure ont commencé à être moletés. Le moletage des cylindres de cuivre, cependant, a présenté un certain nombre de problèmes, c'est pourquoi il a été abandonné. Ensuite des cylindres en acier ont été moletés. Pour cette méthode d'impression, il est bien sûr nécessaire de faire une gravure pour la couleur en héliogravure. Ce type de technologie a été plus tard utilisé pour des timbres imprimés sur WIFAG 2 et WIFAG 3 même si l'équipement de gravure était disponible depuis que la presse WIFAG 2 a été mise en service.

Presse WIFAG
  
Pour l'impression moletée sur l'unité d'héliogravure, je recommande la désignation "héliogravure moletée". C
ependant, le ton de la couleur créé par cette technique manque de gradation en demi-teinte. Cette lacune est partiellement traitée par la densité de la gravure, soit par des lignes gravées dans un sens ou des hachures. En outre, les lignes individuelles de la gravure doivent être gravées, si possible, à un angle de 45°, sinon il y a le risque que l'encre liquide ne reste pas sur le cylindre héliogravure moleté pendant l'impression.

La copie "pâle" de la maquette, le dessin détaillé, la gravure

La maquette du timbre, généralement agrandie six fois, est convertie par procédé photographique en une copie dite "pâle". C'est en apparence une photocopie en noir et blanc sous-exposée de la maquette. Mais il s’agit d’une copie exposée faiblement, générée par un film panchromatique (toutes les couleurs de la maquette doivent être bien discernables) sur un papier photo spécial (avec un substrat contenant de la craie pour pouvoir le gratter). Sur cette copie, le graveur effectue le dessin détaillé à l'encre de Chine, c’est à dire, il convertit l’image essentiellement en demi-teinte en lignes et points pour la gravure; le résidu de la couche photographique est ensuite lavé. Il y a des différences dimensionnelles entre la maquette et la photocopie – le papier photo change de dimension à plusieurs reprises par l’effet du trempage et du séchage.

Aujourd'hui, avec le développement de la photographie couleurs et, en particulier, celui du numérique et aussi celui de l'édition des photos par l'ordinateur pour l'impression, les producteurs de films aux couches déjà sensibilisées renoncent à leur production. Les unités de production n’ont pas besoin de matériel panchromatique. Pourtant, il y a une possibilité – et on a commencé à l'utiliser – celle d'employer la technologie informatique pour créer une copie "pâle". C’est la trame stochastique, qui peut créer les demi-teintes - mais plus à ce sujet dans le chapitre sur la préparation des cylindres hélio.

Puis encore, le dessin détaillé est transféré par procédé photographique sur une plaque d'acier à la dimension réelle du timbre. Le dessin y est très légèrement gravé à l'eau forte pour ne pas être effacé pendant le travail et pour que le graveur puisse contrôler les progrès ou tirer les différentes phases de la gravure, sans enlever le reste du dessin copié. La gravure est réalisée dans une plaque d'acier, habituellement de dimension 7 x 8 cm. On utilise de l'acier grade 12 (standard tchécoslovaque 12 020). Au cours des dernières années, il y a eu des difficultés considérables avec sa fourniture et ainsi on le remplace par l'acier 12 050, qui est plus dur cependant, et entraîne des problèmes pour les graveurs (il est difficile de graver les traits, les burins se cassent, etc.).

Les plaques sont préparées à partir d'une bande d'acier. Après être coupées à la taille nécessaire, leur surface est arasée, aplanie et polie. Leur surface doit être exempte de fissures ou d'autres défauts. Les défauts mineurs en dehors de l'image propre du timbre ne comptent pas. Mais il ne faut pas les oublier dans les phases suivantes de la production et les enlever sur la molette.

Le dessin de la maquette et la gravure sont en règle générale le travail d'un seul graveur. Il s'agit d'un travail exigeant qui nécessite beaucoup plus que juste un métier bien maîtrisé, surtout dans le domaine du dessin. La gravure doit avoir une profondeur correcte, les traits doivent être gravés dans le bon sens, le graveur doit prendre en considération, par exemple, le sens de l'essuyage et dans ce cas, disposer et modifier le trait en conséquence. La profondeur de la gravure crée aussi la saturation du ton de la couleur. Les traits doivent être suffisamment nets pour être transférés par la molette, mais ils ne peuvent pas être trop fins ou au contraire, trop profonds. Les traits qui sont trop fins se cassent au moletage tandis que ceux qui sont trop gros soit ne parviennent pas à être transférés de la gravure sur la molette en raison de la pression insuffisante, soit en étant pressés sur le cylindre d'impression (ou la plaque) les traits alentour qui sont plus faibles et moins profonds ne sont pas transférés. La profondeur usuelle des tailles est de 0,2 - 0,7 mm.

Au stade suivant de la production, l'agent chargé du transfert sur la molette regarde la gravure et mesure sa profondeur -  surtout dans les endroits sensibles. Si la gravure est bonne, l'imprimerie reçoit en production. Si des problèmes surviennent, le graveur peut encore la modifier. Les modifications consistent essentiellement en profondeur sur certaines tailles, ou dans la modification des lignes dans le sens de l'essuyage (procédé dit  “piquage du peigne“ - les tailles gravées dans le sens de l'essuyage devront être pourvues de cavités plus profondes, à 1 mm environ d'intervalle, pour retenir la couleur).  L'agent peut aussi être alerté sur certains défauts du poinçon incorrigibles, qu'il peut alors retirer sur la molette (mauvaises rayures, défauts de gravure, etc.). Voici les premiers défauts de la plaque qui peuvent survenir, mais à voir dans le chapitre sur l'impression.

La molette, ses modifications et réparations

La molette est un cylindre d'acier doux, ayant un diamètre de 72 mm, pouvant être durci, qui transmet la gravure sur la virole ou sur la plaque. La largeur de la molette varie en fonction de la taille du timbre. Avant le moletage, le
poinçon est durci par la trempe. La trempe ne doit aller qu'à une certaine profondeur pour que le poinçon n'éclate pas sous la pression de transfert. Le poinçon doit également être orienté axialement pour se trouver droit sur la molette et puis sur la virole.



A l'imprimerie, la molette est usinée dans une barre d'acier par tournage et polissage. Comme pour la plaque du poinçon, sa surface doit être lisse et exempte de défauts. Pour la molette, un percement précis est fait pour l'axe sur lequel elle est fixée sur la presse à transfert. Une autre presse est utilisée pour le transfert de la molette sur la virole.

 Le transfert du poinçon à l'aide de la molette sur la virole.

Après le montage du poinçon sur la presse à transfert, la molette y est pressée en étant roulée plusieurs fois en "va-et-vient".  Puis le "moletteur"  la retire et examine si tout est bien transféré (ça se vérifie en la regardant et en la comparant avec la gravure et avec l'épreuve du graveur). En raison de l'expérience de ces agents, un nouveau transfert est exceptionnel. Par exemple, cela n'arrive qu'au cas où le poinçon ou la molette ne sont pas absolument plats ou qu'une partie de la figurine n'est pas transférée en relief suffisant. La raison peut être la densité de la gravure unilatéralement élevée. L'augmentation de la densité de la gravure nécessite bien sûr une pression plus élevée pour le transfert, mais il est difficile de prédire «de combien». Il faut donc mettre une cale d'épaisseur à cet emplacement et faire un nouveau transfert.

Selon sa taille, la molette peut contenir de deux à quatre timbres. Certains défauts du poinçon (mauvaises rayures, défauts de gravure, etc.) peuvent y être enlevés par grattage ou polissage. Si le transfert est réussi, la molette est trempée et est prête pour être transférée sur la virole.

Au cours du moletage, il faut maintenir scrupuleusement la propreté parce que même le moindre grain pendant la phase de production peut causer, plus tard, des défauts de la plaque (d'ailleurs, le terme traditionnel "défaut de la plaque" n'est pas le plus apte, l'expression plus précise serait "défaut du cliché" parce que le cliché peut être plat, comme par exemple, la typographie ou la plaque de la taille-douce à plat, ou rond comme le cylindre d'impression en héliogravure ou en offset). Il faut examiner toute la molette parce qu'un défaut situé même au bord de la molette est transféré au cylindre et puis se montre, par exemple, dans la ligne ou la colonne voisine des timbres.

D'autres défauts qui se manifestent pendant l'impression, se produisent au cours du durcissement, lorsque les impuretés contenues dans le matériau (acier), celles qui ne sont pas visibles à l'œil nu, peuvent être dégagées de la plaque ou de la molette. Ceux-ci sont ensuite transférés de la molette à la virole et ils peuvent être visibles aux divers endroits de la feuille selon le sens de l'essuyage. La même chose peut arriver avec des coupures rebouchées ou des mauvaises rayures. Une gravure corrigée de cette manière "s'ouvre" souvent en raison de la chaleur pendant le durcissement.

Le moletage démarre par la préparation du cylindre en acier. Il est monté sur un axe et inséré dans la machine à moleter. Il faut l'inspecter, en effacer toutes les fissures et le polir. Seulement alors, le moletage peut commencer.

On commence le moletage en testant la force de la pression sur le bord du cylindre. Ces timbres d'essai devraient être hors du papier à l'impression. Mais il arrive parfois que leur gravure sur le bord apparaît sur la feuille d'impression. C'est provoqué soit par l'alignement de ces tests de pression trop près du centre du cylindre, soit par un mauvais réglage de la course du papier dans la machine à imprimer (cette variante est plus fréquente). On peut le reconnaître par le fait qu'il y a des distances différentes des timbres marginaux jusqu'au bord du papier. La cause est généralement le papier enroulé de mauvaise façon, dont je vais parler dans le chapitre sur l'impression. La position des timbres sur le cylindre est donnée selon leur taille par la roue crénelée sur la circonférence du cylindre et par le nombre de pas du mécanisme à coulisse sur la largeur du cylindre. On molette toujours tout d'abord toute la colonne des deux feuilles imprimées (comme vendues au guichet du bureau de poste), c'est-à-dire sur la circonférence du cylindre, puis le cylindre se déplace latéralement pour un timbre, et le cycle est répété jusqu'à ce que tout le cylindre soit moleté.

(A suivre)



Commentaire de Papy24 : Les rotatives taille-douce Stickney étaient de ce type :



et la presse à plat Johnston :

 
  

En ce qui concerne l’impression taille-douce, il y a très peu de différence entre les processus tchèque et français. A part les presses, une première différence dans la préparation du poinçon avec cette copie « pale » avant la gravure manuelle du timbre. Le transfert du poinçon sur le cylindre est fait de la même façon, excepté que le cylindre cliché n’est pas recouvert de cuivre et qu’il ne comporte que deux feuilles de timbres au tour.



Autre différence, les presses « Wifag » impriment successivement en hélio pour les couleurs et en taille-douce pour une seule couleur. Les presses taille-douce françaises « Chambon » impriment directement en 3 couleurs ou en 2 fois 3 couleurs. Il est à noter que primitivement, la gravure des cylindres hélio était moletée au lieu d’être gravée chimiquement.

Cette série d'articles sur l'impression des timbres tchèques sera à suivre sur ce blog dans les prochains jours.