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Mon métier, c'était l'imprimerie.
Ma passion, c'est la typographie.

Ce blog sera fait de commentaires sur mes visites sur certains blogs traitant de l'impression des timbres-poste.

vendredi 2 mars 2012

MISE EN ROUTE D'UNE TD3

Nous sommes en 1969 à Paris. L’Agence (comptable) vient de porter les clichés.

(Doc. ITVF)

Une rotative taille-douce 3 couleurs est composée d’un bâti avec un porte bobine papier, un bloc d’impression taille-douce, un bloc d’impression typo des numéros de feuille, de machine et éventuellement de la date, d’un support de la bobine de papier de soie antimacule, d’un bloc perforateur et d’un bloc de coupe avant la sortie de feuilles.

(Doc. ITVF)

Il faut démonter les 3 coquilles du tirage précédent en les remplaçant l’une après l’autre par les nouvelles. Il faut dévisser les vis de fixation sur le support. La coquille en laiton chromée marquée d’un trait remplace celle marquée d’un trait du tirage précédent, et ainsi de suite.

(Doc. ITVF)

Avec un trusquin fixé par un aimant sur le bâti de la machine, on aligne les 3 coquilles entre elles, si une n’était pas alignée, le rouleau découpé pour une feuille ne serait pas en place pour celle-là. En effet, il y a trois feuilles par tour de cylindre cliché, et le développement du rouleau ne correspond qu’à une seule feuille.

(Doc. ITVF)

Il faut prendre l’empreinte de la gravure sur les rouleaux qui seront découpés. Un encrier et un rouleau plein encre en vert les coquilles (la forme) et l’essuyeur enlève le surplus. Le rouleau neuf est maintenu dans des "poupées", excentriques qui règlent l’appui du rouleau sur la forme. Il faut le doigté pour régler la pression et que l’impression de la gravure sur le rouleau soit nette et pas déformée pour que le découpage soit le plus précis possible. Les 3 empreintes sont prises toujours sur la même coquille, celle avec deux traits.


(Doc. ITVF)

Quand les rouleaux sont découpés par les maîtres taille-doucier (deux jours après selon la difficulté du découpage) ils reviennent à la machine et la mise en route peut commencer.

Chaque rouleau découpé est mis en place à son emplacement, haut, milieu, bas, la couleur la plus claire en haut. L’appui de chaque rouleau est ajusté. Un encrier pour chaque couleur est réglé pour encrer la forme. Les couleurs sont juxtaposées, chacune à sa place.

(Doc. ITVF)

L’essuyeur est un cylindre métallique recouvert de matière plastique. Il tourne dans le même sens que la forme pour que, à son contact, il enlève l’encre en surface pour ne la laisser qu’au fond des tailles. Il est nettoyé par des brosses avec un solvant dans un bac, du trichloréthylène, qui sera remplacé, après son interdiction, par un solvant basique.

Après vérification de l’encrage de la forme et de son essuyage correct, la bande de papier est déroulée, passée entre la forme et le cylindre de pression. Il faut équiper ce cylindre de 3 feutres, un par feuille, tenus par des tringles et fixés à leur place. Le papier est alors entraîné et passé sous le bloc numéroteur, entre le "jeu" de perforage (de type peigne), sous des roues d’entrainement et guidé vers la cisaille où les feuilles sont coupées et réceptionnées.

Il va falloir vérifier et ajuster la pression, l’encrage de chaque rouleau pour que toutes les parties de la gravure des timbres soient correctement imprimées, l’essuyage pour qu’il n’y ait pas de traînées d’encre, que les numéros des feuilles soient en place, que le perforage soit lui aussi correct et que les feuilles soient coupées au bon endroit. Le papier de soie, en bobine, est déroulé sur la bande de papier imprimée, pour éviter le maculage des feuilles avec une encre qui ne sera sèche que le lendemain.

Tous ces réglages demandent beaucoup de soin, de temps, et un outillage adapté.

Quand le "cocher", le conducteur, a terminé, il présente 3 feuilles se suivant au responsable de l’atelier, et après vérification, le "Bon à tirer" ou "Bon à rouler" est signé. Le tirage peut commencer. Toutes les feuilles précédentes seront éliminées.

Au cours du tirage, beaucoup d’incidents peuvent se produire. Les changements de bobine de papier, de papier antimacule, les changements d’essuyeur qui s’use au frottement sur la forme, les vidanges du bac de solvant où il faut remplacer celui qui est usagé, les pétouilles collées sur les clichés, les vérifications, les manques d’encre. L’ajustement du perforage se fait en tournant plus ou moins une petite manivelle qui par un câble resserre une courroie avec des patins de bois sur un disque fixé sur l’axe de la bobine de papier, comme un frein de voiture autrefois. Il fallait desserrer ce frein au fur et à mesure du déroulement de la bobine pour maintenir le perforage en bonne place. Tout cela provoque des feuilles fautées qui sont laissées dans le paquet de 1000 feuilles.

Une fiche de suivi est remplie pour indiquer les causes et avertir les vérificatrices pour enlever ces feuilles défectueuses lors de la vérification qui a lieu un ou deux jours plus tard lorsque l’encre est sèche. Le papier de soie est enlevé, les feuilles sont comptées, vérifiées et mises par centaines pour être conditionnées ensuite.

La rotative a une production d’environ 3000 feuilles par heure, mais il faut tenir compte des arrêts. Le tirage s’arrête lorsque le nombre de feuilles bonnes commandées est atteint.

Maintenant ces bonnes vieilles TD3 ont été abandonnées pour des rotatives plus rapides, les TD6.

Merci Claude.

lundi 20 février 2012

TRUC OU PAS TRUC

Différents truquages nous sont présentés sur le blog

Si certains sont indiscutables, qu’il me soit permis de ne pas toujours être d’accord pour les autres :


Pour un timbre en héliogravure, une couleur manquante peut arriver. Pour nettoyer une racle, la pression est enlevée, l’encrage est arrêté et il est alors possible d’opérer sans arrêter la presse. Une couleur absente est une chose, la faire disparaître en est une autre. Les encres modernes sont testées et considérées "solides à la lumière", et un traitement chimique toucherait les autres couleurs.


Pour un timbre en TD6, comme pour ce timbre de la "Marianne de Cocteau", un assèchement de l’encrier, pour diverses raisons, peut provoquer une impression à sec et pratiquement disparue.


Egalement pour ce "Grotte Préhistorique de Lascaux" où seule une couleur est absente au report. Difficile d’éliminer une couleur sans toucher aux autres.


En typographie, il est très facile de retirer la pression sur un bloc d’impression, il suffit de desserrer les deux vis du cylindre. Pour vérifier, il suffit de regarder au dos du timbre pour voir le foulage ou son absence.

Pour toutes ces raisons, j’ai un doute pour ces truquages.



J’ai un doute pour ce "Zadkine", où le décalage du perforage est tout à fait possible sur la TD6. Où est le truc ? Je ne vois pas.

Il n’est pas possible d’avoir un doute sur ce splendide maquillage :


Le faussaire ne savait pas que le découpage des rouleaux suit exactement les contours des couleurs à leur emplacement sur le timbre.


Dans ce cas, c’est l’essuyeur qui a été "débridé" (le contact a été enlevé du cylindre cliché) pour vérifier le bon emplacement des toucheurs sur la forme.


Pour ce truquage, le faussaire ne savait pas que, en taille-douce, l’impression recto-verso ne peut être décalée ou en croix. Si c’est du jet d’encre, il est très facile de le voir à l’endroit des picots reproduits entre les timbres. Ce procédé est très ressemblant à un recto-verso traité dans un message précédent.




21-02 - Merci pour l'intérêt que vous portez à ce message. Dominique, ce n'est pas tout à fait exact. En TD6 report, le cylindre de matière plastique du report finit par être marqué par la virole en creux et laisse donc une trace sur le papier, même s'il n'a pas d'encre. Pour le perforage, le timbre est imprimé couché et le perforage se fait de gauche à droite, la dent plus large (en bas à gauche) résulte d'une variation latérale de la bande de papier lorsque le système électronique remet le perforage en place après un arrêt de la machine.

samedi 11 février 2012

PRESSE PTD4

La Presse Taille-Douce 4 couleurs (PTD4) n’est pas une rotative avec une alimentation en bobines. C’est une presse à feuilles.

(Document ITVF)


Cette presse construite par la Société "Destouches" est constituée d’un bloc d’impression taille-douce, d’un margeur et d’un système de réception des feuilles. 4 couleurs ont été prévues, mais seulement 3 sont utilisables, le format permet l’impression de 4 feuilles de timbres.

(Document ITVF)


Le cliché n’est pas une virole, mais deux plaques de nickel montées sur un cylindre porte-plaque, fixées et serrées par des vis avec une clé dynamométrique. Le cylindre est chauffé avec un circuit d’eau chaude à 90°, ainsi que le ducteur (cylindre) de l’encrier, pour ramollir l’encre pour un meilleur transfert de l’encre sur les plaques par les rouleaux toucheurs qui peuvent être découpés ou non, et une meilleure impression. L’encre est une encre spéciale thermofusible qui sèche en durcissant en se refroidissant.

Pour obtenir les plaques, un film de l’imposition de l’impression à produire est insolé sur une plaque de polyvinyle qui est gravée chimiquement pour avoir les creux de la taille-douce. Cette plaque en creux, montée sur un support, sert à obtenir par électrolyse une matrice en cuivre, et en relief, qui à son tour est placée dans un bain électrolytique pour obtenir en deux fois deux plaques de nickel en creux, rectifiées au dos pour une épaisseur de 0,8 mm, ensuite chromées et coupées au format pour être montées sur le cylindre porte-plaque de la presse.

L’essuyage de la plaque encrée se fait par un essuyeur nettoyé dans une solution basique d’eau, d’huile de ricin et de lessive de soude.

La PTD4 utilise un margeur "Mabeg", du genre des presses offset à feuille, la feuille est entrainée par des pinces sur un cylindre de pression, où la contrepartie peut être d’épaisseur variable, et guidée vers la sortie sur une table de réception.

L’utilisation de cette presse peut être reconnue en sacrifiant un timbre et en passant sur l’impression la pointe d’un fer à repasser chauffé à 100°. Si l’encre fond, c’est bien la PTD4.

lundi 30 janvier 2012

PAS COURANT, NON !

Sur le site "La Marianne de Cheffer"
http://www.lamariannedecheffer.fr
ce bloc :



Ce bloc de quatre timbres est indiqué "sans gomme" et sortant du rebut.

Voilà qui est surprenant.

1° - La rotative TD6 qui imprimait cette Marianne utilisait du papier gommé. Comment ce bloc est-il sans gomme ?

2° - Ce piquage en croix avec un tel écart est pratiquement impossible en cours de tirage. Comment est-il aussi régulier et droit ? 

3° - L'impression paraît authentique. Comment ces timbres qui auraient dû être détruits sont-ils ici ?

Comment ce papier non gommé s'est-il retrouvé imprimé et perforé avec un tel écart par rapport à la normale ?

On peut émettre une hypothèse :

Le papier ne provient pas de la bobine d'origine installée sur la rotative. On peut supposer un morceau de papier d'une autre bobine de papier non gommé, comme celui utilisé pour les épreuves de luxe, qui aurait été collé sur la bande de papier avant l'impression, imprimé et retiré aussitôt le bloc d'impression. On peut supposer également l'opération au cours d'un arrêt de la machine, il serait difficile de faire autrement.

Pour obtenir ce perforage décalé, on peut penser que ce morceau de papier imprimé a été recollé avec un adhésif sur la bande juste avant le bloc de perforage, pour obtenir ce "pointillage" aussi droit et régulier, mais cependant assez marqué. Enlevé et récupéré juste après, ce morceau de papier "exceptionnel", sorti de l'imprimerie, s'est retrouvé négocié sur le marché philatéliste.

Ce bloc de 4, selon toute vraisemblance, ne vient pas des rebuts avant destruction, mais au vu de son découpage, il doit avoir des petits frères et n'est probablement pas unique.

Tout celà fait beaucoup de suppositions, mais je suis désolé de ne pas voir d'autres solutions pour un bloc non gommé.






mercredi 18 janvier 2012

EN RELIEF

Ce timbre avec la croix de Lorraine est le premier timbre français en relief :



Imprimé en héliogravure en 1977, avec quatre couleurs plus une couleur or, le sixième bloc étant équipé d’un cylindre gravé en creux mécaniquement, pour qu’avec la pression d’un cylindre presseur en matière souple, ce léger relief soit obtenu.

Il a été suivi par un timbre "Pour le bien des aveugles en 1989 avec un relief pour le texte en braille.

Si c’est le premier timbre en relief en France, le procédé de gauffrage avait déjà été utilisé dans d’autres pays.

J’ai trouvé ces exemples en Saxe en 1863, et au Portugal en 1866 et 1893 :



Le gauffrage était probablement obtenu à plat avec une plaque comportant plusieurs poinçons en creux et une contrepartie en cuir pour repousser le papier.

A l’ITVF, le premier gauffrage est apparu avec le timbre sec utilisé pour le Document Philatélique Officiel pour le Musée Postal en 1973. Ce timbre sec était frappé en même temps qu’était imprimé le timbre à date, sur une presse à platine automatique "Heidelberg". Pour le premier document, la contrepartie fut obtenue avec un mélange de plâtre et de colle d’amidon. Ce mélange durci par un séchage trop long, a aussitôt été remplacé par du "Pragoplast", matière synthétique collée avec un adhésif double face qui prenait parfaitement l’empreinte du bloc d’acier gravé en creux.


Une nouvelle tentative a donc été réalisée pour ce bloc-feuillet des papillons, avec en plus une couche de produit irisant du plus bel effet.







19-02-2012 - Merci Fuciflora pour le commentaire et le scan pour ce très beau premier timbre en relief. Très belle réalisation pour l'époque.




mercredi 11 janvier 2012

BOULE DE GOMME

Sur l’excellent blog de Dominique
ce timbre "Liberté" :


Cette sorte d’anneau-lune ne provient pas d’une particule de chrome qui s’est détachée de la virole, comme il est indiqué. Ceux qui ont écrit çà autrefois se sont trompés.

Non, il s’agit d’un amas minuscule de gomme à l’intérieur des spires de la bobine de papier qui est venu se coller sur le cliché et qui après encrage, laisse cette marque après l’essuyage. Il n’y a pas de creux, mais au contraire une bosse, qui garde l’encre non essuyée tout autour, avec une traînée dans le sens de l’impression.



Cela s’est produit en TD6, mais aussi en TD3 avec cette Marianne de Cheffer (sur le site d’Edouard : http://www.lamariannedecheffer.fr ) où le sens de l’essuyage est en travers.




Le chrome est déposé par électrolyse sur la virole en cuivre, ou les 3 coquilles en laiton pour la TD3, sur une épaisseur d’environ 3/100 de mm. Un éclat de chrome est toujours possible, mais cela arrive peu souvent par l’usure, il faut alors déchromer et rechromer la virole.

Dans ces exemples, c’est bien différent, il suffit d’enlever le point de gomme avec un chiffon humide.

C’est quand même l’opposé de ces anneaux lune en typographie, trouvés sur le "Forum sur les variétés philatéliques françaises" http://phila-france-varietes.xooit.fr .



En typographie, le centre est encré et le tour est blanc par la différence de pression, au contraire de la taille-douce où le centre est blanc, l’encre est enlevée par l’essuyeur, mais laissée autour de l’épaisseur.



 Attention toutefois à ne pas confondre "anneau-lune" en impression rotative et "pétouille" en impression à plat.

jeudi 5 janvier 2012

CENTRAGE ET DENT

Sur le Forum indépendant des collectionneurs,
la question est de savoir ce qui s’est passé pour ce timbre :



C’est en 1921, avant la mise en service de la rotative typo Chambon, donc impression à plat sur une presse à cylindre, sans doute de type "Alauzet", et perforation sur une machine à "pointiller" indépendante.

Voici un schéma de cette perforatrice :


Et une explication de son fonctionnement :



Les feuilles de 150 timbres comportent deux points imprimés qui servent de repères pour les positionner correctement par cinq sur des "pointures" sur un châssis. Celui-ci est alors engagé dans la machine. Quand on sait que c’étaient des apprentis qui faisaient ce travail, et si parmi ces cinq feuilles, une n’était pas en place par rapport aux autres, on obtenait ce décentrage.

Ce n’est donc pas un mauvais choix du peigne, et ce n’est pas dû au comportement du papier, mais la dent plus épaisse doit provenir d’un mauvais placement du doigt de retenue dans la crémaillère à dent de loup.

Quant à l’emplacement du timbre dans la feuille, si on peut dire qu’il est sur le côté gauche et avant la cinquième rangée, il parait difficile d’en dire plus, à moins que le galvano de service, issu du galvano type, soit marqué par un défaut que les autres n’ont pas. Le "planchage" est un art délicat quand on sait que certains défauts "ponctuels" proviennent plus d’un mauvais encrage ou d’une mauvaise pression de la mise en train plus ou moins écrasée par endroit, que d’un défaut définitif d’un galvano abimé.